28/01/2010 : rencontre avec Laurent Casano, sound designer

Laurent Casano
Laurent Casano est compositeur et illustrateur sonore au sein de son studio Labo Design. Ses références se trouvent pour beaucoup du côté des grandes marques : Les 3 Suisses, Renault, Adidas… Rencontre avec ce passionné de musique et de publicité qui nous dévoile les clés de son métier.

Bonjour Laurent ! Merci de nous accorder un peu de ton temps pour répondre à nos questions. Avant toute chose, comment définis-tu le métier d’illustrateur sonore ?
Il consiste à utiliser ou composer une musique pour des supports tels que la publicité, les films, le web mais aussi pour des évènements et pour la téléphonie, enfin les logos ou virgules sonores servant à identifier une marque en quelques notes.
Notre travail est d’influencer le ressenti par des codes musicaux, une alliance entre certains instruments, mélodies, rythmes et styles en choisissant une tendance ou au contraire des clichés.

Quel a été ton parcours avant de rejoindre cette profession ?
Je suis musicien depuis l’âge de 14 ans en ayant commencé par l’étude de la guitare et de la batterie, j’ai très vite enregistré et joué sur scène pour des groupes. Petit à petit j’ai commencé à composer mes musiques en m’intéressant aux claviers.
J’ai toujours été très intéressé par la composition sur des supports quand je regardais les pubs télé de l’époque ainsi que les films. J’étais très touché par l’intelligence et le talent de certains compositeurs. C’est ce qui m’a donné envie de goûter à cette différence qu’il y a entre la composition musicale destinée à la scène et celle destinée à un support « grâce ou à cause » des contraintes qu’il suppose.

Quelles sont les expériences professionnelles qui t’ont le plus marqué ? Les productions dont tu es le plus fier ?
Je dois dire que je suis très content que le film La Petite Lilia pour lequel j’ai composé la bande originale ait été élu meilleur film au Hollyshort Festival de Los Angeles. Je peux dire que ça m’a marqué. C’est une belle reconnaissance pour ce film et surtout pour son réalisateur Réda Mustafa qui pour moi est promis à un très bel avenir.
J’ai aussi beaucoup aimé un projet pour Véolia pour lequel j’ai du composer une musique pour chaque continent.
Mais l’important est d’être fier de chaque production qui sort de nos studios.

Quelles sont les différentes contraintes que rencontre le compositeur en fonction des supports sur lesquels il est amené à travailler (évènements, sites web, spots publicitaires…) ?
On ne compose et mixe pas de la même façon suivant le support.
A titre d’exemple, pour les sites web il faut penser que le son est souvent écouté sur de petites enceintes, le beat doit être léger, les basses peuvent passer à la trappe ect..
L’événementiel, le cinéma, les spots et la téléphonie ont chacun des spécificités et des méthodologies différentes.
Mais ces contraintes sont une forme d’inspiration et sont formatrices car elles forcent le compositeur à confronter son style et à le remettre en question.

Quel matériel utilises-tu pour travailler ?
Je travaille sur Cubase, un logiciel que j’apprécie pour ses possibilités élargies récemment; nous possédons différents racks d’effets et de compression pour avoir plusieurs couleurs et options.
Un parc de guitare assez conséquent pour un niveau de spécificités plus large (Fender jazzmaster/strato/jaguar, Gibson SG/Les Pauls, Ibanez et Lag) ainsi que des basses, batteries acoustiques et électroniques.
Pour les synthés et claviers, nous sommes fans du Moog Little Phatty et utilisons aussi des VST connus par tous les compositeurs.

Est-ce plus facile pour toi de travailler avec un client qui a une idée précise de ce qu’il veut ou au contraire préfères-tu avoir carte blanche ?
Je pense que l’on n’a jamais carte blanche car le support, la marque, le produit, sont autant de lignes directrices avec lesquelles il faut composer. Mais il est toujours plus intéressant de pouvoir exposer nos idées et nos conseils.

Comment se déroule le processus de composition musicale entre la demande du client et la livraison de ta création ?
Tout dépend du support une nouvelle fois.
Prenons l’exemple d’une musique pour un spot promotionnel.
Le client nous fournit un brief nous expliquant des éléments tels la clientèle ciblée par son produit, son mode de diffusion, sa durée ect.. Nous les confrontons avec nos intentions qui une fois validées nous amènent à composer plusieurs axes musicaux. La musique retenue sera ensuite orchestrée pour l’image avant sa livraison.

Comment se passe la collaboration avec Térence Avakian ?
J’aime travailler avec Térence. Sur In Nomine nous nous sommes bien complétés, il est très doué dans le domaine de la musique électro et a une très grande culture musicale en plus de son énergie et de son talent.

Dans quoi trouves-tu l’inspiration pour composer ?
Les instruments de musique sont à eux seuls une source d’inspiration au quotidien.
J’aime aussi changer de méthode de composition suivant les projets.
Sinon, je pense que l’étude de la batterie et des percussions m’apporte beaucoup dans mes choix et mon inspiration sur d’autres instruments car elle vous force à les écouter d’une manière particulière.

Laurent Casano Sound Designer

Qui sont les compositeurs, actuels ou non, dont tu admires le travail ?
Jeff Buckley, Bjork, Fiona Apple, Daft punk …et pour la musique de film The Dust Brothers pour Fight Club, John Williams pour Starwars, Clint Mansell pour Requiem for a Dream et Hanz Zimmer pour toute son œuvre. Ce n’est qu’un bref échantillon !

Quelles sont selon toi les qualités essentielles d’un bon illustrateur musical ? A quoi reconnaît on un bon habillage sonore ?
Il faut savoir condenser beaucoup d’éléments et de notions dans une musique.
Un bon compositeur ou illustrateur saura quelle tendance, quel type de mélodies et quel style musical et instruments employer pour décrire ces notions. Il doit aussi être ouvert à beaucoup de styles différents tout comme être passionné par la publicité et le cinéma.
Un bon habillage musical est une musique qui joue avec les époques, les clichés, les tendances et qui cristallise toutes les intentions d’une marque.

Tes créations semblent assez portées sur un univers traditionnellement masculin (automobile, high-tech, sportswear…). Est-ce un choix par rapport à tes propres affinités ? Peut-on parler d’une spécialisation dans ces domaines ?
Je ne pense pas. J’ai récemment composé pour Les 3 Suisses, la cristallerie d’art Daum et Louis Vuitton entre autres qui ont des couleurs musicales assez féminines.
Au sein de l’agence Labo Design je suis amené à travailler sur des styles musicaux différents sur beaucoup de supports, et c’est cela qui me plait.

Pour quelles marques rêverais-tu de travailler ?
Décathlon et Peugeot.
J’adore leurs productions TV, ils font partie pour moi des marques qui ont le mieux compris l’intérêt d’une bonne composition musicale et comment l’utiliser au mieux tout en l’adaptant au gré des tendances musicales et suivant les articles promotionnés.

Quels sont tes projets en cours et futurs ?
En freelance, je termine la composition de deux morceaux pour les activités web d’une chaîne télé française.
Nous allons travailler avec Térence sur le clip de la musique principale du film In Nomine en février.
La série La cité Rose pour laquelle il faudra de nouveaux morceaux devrait être diffusée courant 2010 et le long métrage du réalisateur de La Petite Lilia est en préparation.
Je travaille également pour des artistes et prépare un album à contre courant de ce que j’ai pu composer avec Labo Design.

Un grand merci à Laurent pour cet entretien passionnant !

Pour prolonger la découverte de son univers, rentrer en contact avec lui ou écouter des extraits de son travail, rendez-vous sur Labo Design.