Narcissime digital et E-réputation
Hé toi, le jeune ! Tourne 7 fois ta molette avant de cliquer !

Facebook vs Big BrotherA l’heure du grand retournement de veste de Facebook sur ses engagements en ce qui concerne la confidentialité des données fournies par ses utilisateurs, il est de bon ton de réfléchir un peu sur ce  narcissime digital qui a envahi la toile depuis que celle-ci se targue d’être « 2.0 ».

Ainsi, comme le souligne le consultant en nouvelles technologies Frédéric Soussin, « l’internet est désormais affaire d’interactions entre des personnes, là où le web 1.0. se contentait d’interactions entre des données ». Ces personnes publient des contenus plus ou moins privés qui échappent ensuite à leur contrôle, comme l’illustre par exemple ce schéma retraçant la vie d’un Twitt. Derrière les écrans et les dispositifs d’intermédiation, on trouve donc avant tout des êtres humains, qui ont chacun leurs personnalités, leurs opinions, leurs identités et des volontés plus ou moins fortes de les exprimer.

Les ados victimes de leur égo

Si il est une phase de la vie pendant laquelle l’affirmation d’une individualité se fait de façon radicale et spontanée, c’est bien l’adolescence. Il n’y a pas si longtemps, les souvenirs matériels pas toujours glorieux de l’adolescence se limitaient à quelques clichés d’appareils photos jetables, des petits mots griffonnés sur des feuilles de cours, et éventuellement un journal intime, caché entre un vieux nounours et un Picsou Mag. Les ados d’aujourd’hui auront pour leur part des clés USB, que dis-je, des disques durs entiers remplis de souvenirs de leurs jeunes années. Mais surtout, ils auront laissé sur le net des données qui échappent à leur contrôle et des fichiers pouvant être réutilisés contre leur gré.

La possibilité pour les internautes de partager et de diffuser rapidement des contenus permet de créer des buzz sur tout ce qui provoque une réaction, qu’elle soit bonne… ou mauvaise. Ainsi, si des artistes, des marques ou des concepts se sont diffusés via la toile car selon des critères qualitatifs ils méritaient d’être connus, de parfaits inconnus au talent plus incertain se sont aussi rêvés stars d’un jour grâce aux médias sociaux. On ne compte plus les Rappeur du 9-2 , Amandine du 38 et autres candidats malheureux à la Nouvelle Star permanente du web.

Délation et lynchage médiatique

Un autre bon exemple qui illustre à la fois le phénomène de narcissisme adolescent à l’ère du numérique et sa récupération à des fins peu scrupuleuses : le site Anti Duck Face. Le concept ? Une bande de potes de Los Angeles (probablement eux-mêmes dans leurs teen years) qui militent contre la Duck Face, comprendre « la tête que tu fais pour prendre la meilleure photo de toi et la mettre sur ton Myspace, celle où tu avances ta bouche en avant à mi-chemin entre un bisou et une moue boudeuse, et qui te fais des lèvres pulpeuses et des joues de mannequin anorexique ». Et comme cela est souligné sur le site à la suite de cette définition : ce n’est pas sexy, ça donne juste l’air stupide.

Anti Duck Face
Le fait est que ce type d’autoportrait est presque devenu une norme chez les adolescentes, qui s’en donnent à cœur joie devant le miroir de leur salle de bain, et postent ensuite fièrement leurs plus belles épreuves de bouche en cul de poule sur Facebook. Sauf que les membres d’un site communautaire n’ont souvent d’« amis » que le nom, et en deux temps trois mouvements les photos sont envoyées au collectif Anti Duck Face. Elles sont ensuite publiées et assorties de petits commentaires acerbes, notamment si les demoiselles ont le malheur d’accumuler les signes extérieurs de ridicule : lunettes noires à l’intérieur, fond de teint orange fluo,…

Si en découvrant ce site à l’instant vous venez de tomber sur une photo de vous et que d’un coup vous avez drôlement honte, pas de panique : sur simple demande les photos seront retirées du site. Mais en attendant, ça n’en reste pas moins une belle galerie de portraits aussi amusante qu’affligeante, degré zéro de la photographie rendu possible par la volatilité du numérique.

Un début de mobilisation pour limiter les dérives

Les cas d’anonymes propulsés sur le devant de la scène à la suite d’un buzz négatif sont nombreux : si on revient sur le cas d’Amandine du 38, cette jeune femme de 18 ans est devenue malgré elle la risée de toute la France quand sa vidéo de rap approximatif est passée de Youtube aux émissions de télévision. A côté de l’enfer que sa vie est devenue depuis que des millions de personnes ont pu constater qu’elle n’a aucun talent (insultes, menaces, etc…), le site Anti Duck Face fait office de sympathique taquinage potache. En réaction, quelques personnes commencent à élever la voix pour dénoncer cet acharnement médiatique. Ainsi, sur Facebook, le groupe Je ne participe pas au lynchage virtuel : l’anti-buzz, dérive du web regroupe quelque 127 membres. Une goutte d’eau par rapport aux 134 637 « fans » de sa fake page Facebook…

C’est pourquoi en ce début d’année 2010, la CNIL a décidé d’agir pour une prise de conscience collective des risques liés à la publication de données personnelles en ligne. Sur JePublieJeReflechis.net et InternetSainsCrainte.fr, les adolescents (et d’une manière générale toutes les personnes qui se soucient de la trace qu’ils laissent sur le net) pourront retrouver des conseils pour mieux gérer leur réputation digitale. De même, une mini série sera lancée le 9 février : intitulée 2025 exMachina, elle propose de se projeter dans le futur pour réaliser les dommages collatéraux que les contenus postés aujourd’hui peuvent avoir dans l’avenir. Quand on sait que selon une étude du site CareerBuilder 35% des recruteurs américains renoncent à embaucher un candidat après avoir visité son profil sur Facebook ou googlisé son nom, on mesure l’importance de sensibiliser les jeunes générations sur cette problématique.

2025 Ex Machina

Après tout, Internet n’est que le reflet de la société dans laquelle nous vivons et des mentalités qui s’y expriment. L’homme a fait Internet à son image, par toujours très reluisante, donc. D’ailleurs, les révélations du mois dernier sur les conditions de la naissance de Facebook ne viennent-elles pas le confirmer ? Si Mark Zuckerberg a mit son talent de génie de l’informatique au service des réseaux sociaux, c’était avant tout dans l’intention de se rendre populaire pour augmenter ses chances de conclure avec les filles des campus…

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